Avec Monsieur Lazhar, le cinéaste québécois Philippe Falardeau (Congorama, C'est pas moi, je le jure!) signe son quatrième long-métrage de fiction. Un film touchant et émouvant qui fait preuve d'une grande maturité.
Basé sur la pièce Bachir Lazhar de Évelyne de la Chenelière, le film raconte l'histoire d'un immigrant algérien, Bachir Lazhar, qui obtient un poste d'enseignant, dans une école primaire de Montréal, à la suite du suicide de l'ancienne institutrice retrouvée, par un de ses élèves, pendue dans sa salle de classe.
Initialement, la pièce n'avait qu'un seul personnage, celui de Bachir Lazhar, qui racontait, dans un long monologue, les événements qui lui sont arrivés. Falardeau a donc eu plus de liberté pour écrire son scénario et mettre en place sa mise en scène. Contrairement au théâtre qui a ses limites, le cinéma offrait à Falardeau un espace de jeu incroyable pour son adaptation. Sa mise en scène est sublime et les images, souvent, sont porteuses de sens.
Même si le point de départ du film est un drame atroce et inimaginable, Philippe Falardeau réussit l'exploit de ne pas tomber dans un mélodrame étouffant. En effet, le film oscille, presque tout du long, entre drame et comédie créant ainsi un climat moins lourd que ce que laissait présager la première scène du film, celle où le jeune garçon découvre le corps inanimé de son enseignante. Une scène poignante, bouleversante. Les touches de comédie laissent aux spectateurs le temps de respirer un peu. Le souper arrangé entre Bachir Lazhar et une de ses collègues est particulièrement savoureux et les mimiques d'un élève quelque peu empoté font bien rire. Ces moments comiques allègent le récit et sont les bienvenues.
Fellag, acteur et humoriste algérien, offre une grande prestation. Crédible et toujours dans le bon ton, il réussit à faire passer les spectateurs par toute une foule d'émotions. Il est secondé par une Danielle Proulx en pleine forme et par une ribambelle d'enfants qui offrent chacun à sa manière des prestations solides. On retiendra cependant la performance de la jeune Sophie Nélisse et celle du jeune Émilien Néron qui, par moments, volent la vedette aux adultes. Ils sont tout simplement excellents. La direction artistique de Falardeau est donc convaincante, mais on s'attendait pas à moins de la part du gagnant de l'édition 1993 de la Course destination monde.
Le film, qui a été élu meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto, parle, bien sûr, de la politique, notamment en ce qui concerne l'immigration, des travers du système d'éducation québécois, mais aussi et surtout, sur l'importance du métier d'enseignant. Le film se veut un hommage à ses hommes et ses femmes qui côtoient et forment la jeunesse. On y montre le rôle primordial que ces personnes jouent dans la vie des jeunes et toute l'inspiration qu'ils leur insufflent. La dernière scène abonde en ce sens et constitue une des scènes marquantes du film. On y montre la puissance du lien entre un élève et un professeur.
Même si Monsieur Lazhar n'atteint pas la perfection, entre autre à cause du manque de fluidité dans le montage, il s'agit d'un long-métrage à voir absolument. L'oeuvre d'un maître. Micro_scope, la boîte de production qui est derrière le film, mais qui a aussi produit Incendies de Denis Villeneuve, peut encore espérer une statuette dorée, puisque Monsieur Lazhar a été choisi pour représenter le Canada dans la course aux Oscars. On souhaite toutes les chances du monde à ce film d'une maîtrise exceptionnelle.
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